
Le jour où Pussy Riot et Femen ont envahi le pavillon russe du Venise Biennale, la scène artistique s’est transformée en tribune politique : des dizaines de féministes masquées ont chanté, brandi des drapeaux ukrainiens et déclenché des fumigènes, forçant les gardiens à boucler les portes.
Le 6 mai, des militantes vêtues de masques roses ont pénétré le pavillon, où elles ont interprété le morceau « Disobey », dénonçant les « fascistes‑bâtards » et les « tueurs d’enfants et de mères ». Selon une source, 50 membres de Pussy Riot étaient présentes, tandis qu’une autre indique « une quarantaine d’activistes » (≈ 40). Des membres de Femen ont lancé des fumigènes bleu et jaune, agitant des drapeaux ukrainiens et scandant « Blood is Russia’s Art ».
« Il est étrange que l’Europe proclame l’Ukraine bouclier du continent tout en ouvrant ses portes à la propagande russe », a déclaré Nadya Tolokonnikova, co‑fondatrice de Pussy Riot, ajoutant que la Biennale était remplie de « prosecco et de techno pendant que les missiles tombaient en Ukraine ».
Inna Shevchenko, porte‑parole de Femen, a rappelé que le pavillon reposait « sur le socle invisible du sang ukrainien », le qualifiant de « médium unique qui maintient ce pavillon ».
Les autorités italiennes ont rapidement fermé temporairement l’accès au pavillon, mais aucun arrest n’a été enregistré. Le proteste a ravivé le débat sur la participation de la Russie, jugée en violation des sanctions de l’UE. La Commission européenne aurait averti le gouvernement italien que la présence de la délégation russe pouvait contrevenir aux sanctions, tandis que le jury du prix Golden Lion a démissionné collectivement, refusant d’évaluer les œuvres de pays dont les dirigeants font l’objet de mandats d’arrêt internationaux.
Par ailleurs, le même jour, l’Art Not Genocide Alliance a manifesté devant le pavillon israélien, intensifiant la polémique autour de la Biennale. Le président du Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, a reçu les demandes de Pussy Riot de « censurer les fonds russes » et de prendre en charge le pavillon de 2028 avec des œuvres d’artistes emprisonnés.
Le choc visuel et sonore de la protestation a rappelé que, même dans les temples de la créativité, les conflits géopolitiques restent impossibles à ignorer.