
Les tensions commerciales s’intensifient alors que Bruxelles propose un « made in Europe » qui pourrait bien déclencher une riposte de Pékin.
Le 4 mars, la Commission européenne a présenté un texte d’« accélération industrielle » visant à porter la part de l’industrie dans le PIB de l’UE de 14 % à 20 % d’ici 2035. Au cœur de la mesure, une « préférence européenne » qui obligerait les bénéficiaires de financements publics à utiliser un certain pourcentage de composants produits en Europe dans les secteurs jugés stratégiques : batteries pour véhicules électriques, automobiles et chaîne d’approvisionnement, photovoltaïques, ainsi que les matières premières critiques. Le texte, qualifié par Stéphane Séjourné, vice‑président de la Commission, de « changement de doctrine », vise à réduire la dépendance vis‑à‑vis de la Chine, qui contrôle aujourd’hui 80 % de la production mondiale de panneaux solaires et 60 % des batteries lithium‑ion.
Le ministère chinois du Commerce a réagi le 27 avril avec un communiqué ferme :
« Si l’UE ignore les suggestions de la Chine et persiste à faire adopter ce texte, préjudiciable aux intérêts des entreprises chinoises, la Chine n’aura d’autre choix que de prendre des contre‑mesures. »
Pékin qualifie le texte de « discrimination systémique » et menace de droits de douane punitifs, de restrictions d’accès au marché ou de limitations des investissements européens en Chine. La Chine a déjà transmis ses observations le 24 avril, tout en affichant une volonté de dialogue.
L’UE représente le deuxième marché d’exportation de la Chine, avec 230 milliards d’euros d’échanges annuels selon Eurostat. La perspective de représailles inquiète notamment l’Allemagne, premier partenaire commercial de la Chine en Europe, ainsi que les secteurs automobile, aéronautique et chimique. Le texte doit encore être adopté par les États membres et le Parlement, un processus qui s’annonce difficile compte tenu des craintes de représailles.
Le débat met en lumière la volonté croissante de l’Europe d’affirmer sa souveraineté industrielle, mais aussi le risque d’une guerre commerciale qui pourrait redessiner durablement les équilibres économiques mondiaux.
Le futur du commerce euro‑chinois se trouve désormais à la croisée des chemins, entre ambition industrielle et menace de contre‑offensive.