Mauvaise surprise pour l'économie française : le Produit intérieur brut (PIB) du pays est resté stable au premier trimestre, selon une première estimation de l'Insee, déjouant ainsi les prévisions des grands instituts économiques. Cette stagnation contraste fortement avec les performances de plusieurs de nos voisins européens, comme l'Allemagne (+0,3 %), l'Espagne (+0,6 %) et l'Italie (+0,2 %), qui ont enregistré une croissance notable.
Cette croissance "aphone" s'explique principalement par une demande intérieure jugée "atone" et une contribution "fortement négative" du commerce extérieur. Dans le détail, la consommation des ménages a légèrement reculé de 0,1 % (après +0,4 % au trimestre précédent) et l'investissement s'est replié de 0,4 %. La contribution de la demande intérieure (hors stocks) à la croissance du PIB a été nulle. Le commerce extérieur a pesé lourdement, avec une contribution négative de -0,7 point, suite à un repli "franc" des exportations (-3,8 %).
Ce sont finalement les variations de stocks, notamment dans le secteur aéronautique, qui ont empêché le PIB de chuter, contribuant pour 0,8 point à son évolution. Cependant, le secteur de la construction reste "le gros point noir du rapport", selon Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, enregistrant un repli de -1,5 %, notamment dans les travaux publics. Marie Leclair, cheffe du département des Comptes nationaux à l'Insee, a suggéré que cela pourrait être "lié au cycle électoral", avec moins de lancements de projets les années d'élection.
Cette performance du premier trimestre rend la prévision de croissance du gouvernement pour l'année 2026, fixée à 0,9 % (déjà révisée à la baisse de 0,1 point), de plus en plus difficile à atteindre. Pour y parvenir, l'économie française devrait enregistrer une croissance d'environ 0,3 % à chacun des trimestres restants.
Si la stagnation du PIB au premier trimestre n'est pas directement liée à la guerre au Moyen-Orient, ses effets se font déjà sentir ailleurs. Le climat des affaires s'est "assombri nettement" en avril, tandis que la confiance des ménages a "fortement dégradé", connaissant sa plus forte baisse depuis mars 2022 (début de la guerre en Ukraine). Surtout, l'inflation a commencé à "décoller" : les prix à la consommation ont augmenté de 2,2 % sur douze mois en avril, après 1,7 % en mars et 0,9 % en février, avant la flambée des prix du pétrole. Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, estime même que "le blocage du détroit d’Ormuz pourrait amputer la croissance annuelle de 0,3 point, soit une hausse du PIB de 0,6 % sur l'année."
Malgré ce tableau, certains économistes, comme Stéphane Colliac de BNP Paribas, tentent de rester optimistes, évoquant des "éléments exceptionnels" tels que l'adoption tardive du budget ou des livraisons d'Airbus plus faibles. Des révisions à la hausse du premier trimestre et une correction de ces effets exceptionnels au deuxième pourraient "toujours finir à +0,9 % sur l'année", avance-t-il. Toutefois, le chemin pour atteindre cet objectif semble semé d'embûches, entre faiblesses structurelles persistantes et un contexte géopolitique de plus en plus incertain.