Le 13 avril dernier, l’armée ukrainienne a annoncé avoir repris une position russe sans qu’un seul soldat ne foule le sol, grâce à des robots terrestres et des drones ; aucun militaire ukrainien n’a été blessé.
Cette opération illustre la transformation du conflit : quatre frappes sur cinq menées par l’Ukraine contre la Russie sont aujourd’hui réalisées par des drones de combat, selon le président Volodymyr Zelensky. L’industrie ukrainienne revendiquait, début 2026, une capacité de production de 8 millions de drones par an (revue Conflits), tandis que la Russie a enregistré un record en avril 2024 avec 6 583 drones déployés en un seul mois contre l’Ukraine.
| Acteur | Capacité / utilisation |
|---|---|
| Ukraine (2026) | 8 millions de drones / an |
| Russie (avril 2024) | 6 583 drones en un mois |
Les engins autonomes ne servent plus uniquement à la frappe ; des robots à quatre roues ont, par exemple, évacué une femme âgée blessée par les bombardements, montrant que les machines sont aussi utilisées pour le secours, le déminage et la reconnaissance.
« Le fait qu’il y ait moins de victimes grâce aux armes autonomes, c’est vrai dans une première phase de conflit, » explique Emmanuel Goffi, professeur d’éthique appliquée à l’IA.
Aucun traité international n’encadre encore les armes létales autonomes. Si les drones restent officiellement sous contrôle humain, la frontière s’estompe : certaines frappes utilisent un guidage autonome en phase finale, et des systèmes d’IA comme « Lavender » de l’armée israélienne proposent des cibles à un opérateur humain.
« Quand c’est la machine qui désigne la cible, la responsabilité devient problématique », rappelle Raja Chatila, professeur émérite à Sorbonne Université. Il ajoute que la réduction des pertes humaines sur le champ de bataille pourrait rendre les guerres moins visibles pour les populations, favorisant des conflits de faible intensité prolongés.
En l’absence de cadre légal, la montée des systèmes autonomes pose la question de qui, finalement, porte la responsabilité : le chef d’État, le concepteur ou l’armée ?
La guerre sans soldats continue de se battre contre des humains, et chaque avancée technologique ouvre un nouveau débat sur la manière dont les conflits seront menés demain.