
Victor de Aldama, l’ancien commissionnaire devenu accusé de trafic d’influence, a passé huit heures sous les yeux des juges du Tribunal Suprême à détailler le schéma de financement illicite qui, selon lui, aurait alimenté le PSOE et la Internationale Socialiste.
Le 21 novembre 2024, Aldama s’était évadé de la prison de Soto del Real en lançant une menace contre le président Pedro Sánchez. Un an et demi plus tard, il se trouve à la barre, face à José Luis Ábalos (ancien ministre des Transports) et son conseiller Koldo García. Au cours de son interrogatoire, il a réaffirmé que les fonds provenaient de deux filières : des entreprises de construction cherchant à sécuriser des marchés publics et le pétrole vénézuélien destiné à la branche internationale du parti.
« Si il y a une hiérarchie dans cette organisation criminelle, le président du gouvernement est le numéro 1, Ábalos le 2, Koldo le 3 et moi le 4. »
Aldama a indiqué avoir transféré 1,8 million d’euros à la caisse du parti, parfois en enveloppes de 50 000 €, parfois dans une sacoche contenant jusqu’à 250 000 €. Il a expliqué que les sommes étaient déposées dans le bureau d’Ábalos, puis rangées dans un tiroir, sans trace comptable. En plus de ces versements, il aurait versé 10 000 € chaque mois aux deux complices pour couvrir leurs frais.
Selon le commissionnaire, les constructeurs payaient « au cas‑par‑cas » pour obtenir des contrats, les fonds étant ensuite redirigés sous forme de « dons en espèces » vers le parti. Une seconde source, le pétrole vénézuélien, aurait généré un revenu estimé à un million d’euros par mois, que Aldama aurait promis de transférer à Ábalos et à Koldo après financement de l’Internationale Socialiste.
Il a également décrit des avantages en nature : le paiement du traitement de fertilité de la femme de Koldo, l’achat d’un appartement de luxe pour la compagne d’Ábalos, et la mise à disposition d’un chalet à Cadix en échange d’une licence pétrolière. Enfin, il a évoqué des pressions exercées par María Jesús Montero, alors vice‑première ministre, pour obtenir des faveurs fiscales.
Le procureur anti‑corruption, Alejandro Luzón, a souligné que ces faits alimentent les chefs d’accusation de pertinence à une organisation criminelle, de corruption active, d’abus de confiance et de délit d’abus d’informations privilégiées. L’avocat d’Aldama espère une réduction de peine en échange de sa coopération continue.
Le verdict du Tribunal Suprême pourrait redessiner le paysage politique espagnol et mettre à nu les mécanismes de financement clandestin qui, selon le témoignage, ont traversé les plus hautes sphères du pouvoir.
Le prochain acte de ce procès décidera si la justice pourra réellement percer le voile de l’impunité.