
Trois associations et six particuliers ont engagé des poursuites judiciaires cette semaine contre l’État français, qu'ils accusent de « carences fautives » dans la gestion de la pollution aux substances per- et polyfluoroalkylées, plus connues sous le nom de « polluants éternels » ou PFAS.
Les organisations Générations Futures, Notre Affaire à Tous et Bloom, accompagnées de six victimes résidant dans des zones fortement exposées aux PFAS (le Haut-Rhin et la Haute-Savoie), ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris. Les requérants dénoncent une inaction de l'État qui perdure, malgré des rapports parlementaires alertant sur les risques sanitaires liés à ces molécules dès 2008.
Leur objectif est triple : contraindre l'État à stopper les rejets dans l'environnement, organiser la dépollution des eaux destinées à la consommation humaine et obtenir réparation. La requête demande le versement de 10 000 euros par personne au titre du préjudice d'anxiété et 1 000 euros pour le préjudice moral. N'ayant reçu aucune réponse explicite après leurs demandes indemnitaires adressées en mars à la ministre de l'Environnement et au Premier ministre, les plaignants ont choisi de porter l'affaire devant la justice.
Les PFAS, omniprésents dans la vie quotidienne, sont au cœur d'une controverse sur l'exposition de la population française. Un rapport du Haut-commissariat au plan, publié en octobre 2025, révèle que 24 % des adolescents français présentent des concentrations de PFAS dans le sang dépassant les seuils recommandés par l'Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA). Ce taux est nettement plus élevé qu'en Allemagne (18 %) ou en Espagne (1 %).
Les associations critiquent également la lenteur de mise en œuvre législative. Bien qu'une loi ait été votée en 2024 à l'initiative du député écologiste Nicolas Thierry, les décrets d'application — notamment celui concernant la redevance sur les rejets industriels — ont été reportés, privant les pouvoirs publics de ressources nécessaires à la dépollution.
Le tribunal administratif devra désormais statuer sur les suites à donner à cette procédure, dans un contexte où la pression citoyenne pour un encadrement strict des « polluants éternels » s'intensifie.