
Un paradoxe frappant secoue le cœur du gouvernement américain : alors qu'une interdiction formelle pèse sur l'utilisation des technologies d'Anthropic pour les agences et ministères, la National Security Agency (NSA) défie ouvertement cet ordre en exploitant Mythos, un modèle d'IA d'une puissance inédite. Cette interdiction, imposée fin février, faisait suite à la qualification d'Anthropic de "risque pour la sécurité nationale" après son refus de laisser l'armée américaine utiliser ses modèles sans restrictions.
Révélée par Axios, l'utilisation de Mythos par la NSA souligne la capacité extraordinaire de cette intelligence artificielle. Guillaume Princen, directeur international des entreprises technologiques d'Anthropic, a affirmé à l'AFP que Mythos "est capable de déceler des failles informatiques qui existent depuis des dizaines d'années dans des systèmes qui ont été testés par des experts humains et des automates et n'avaient jamais été découvertes avant". Plus alarmant encore, il "commence à dépasser la capacité des humains dans le monde du cyber". Outre la NSA, d'autres organisations ayant accès à Mythos l'utiliseraient principalement pour la recherche de failles de sécurité exploitables dans leurs propres systèmes.
Les capacités de Mythos ont non seulement poussé la NSA à braver les interdits, mais ont aussi mené à un rapprochement inattendu entre Anthropic et la Maison Blanche après des semaines de tensions. Le 17 avril, le PDG d'Anthropic, Dario Amodei, a été reçu à la Maison Blanche. Fait notable, il s'est entretenu avec Susie Wiles, décrite comme la directrice de cabinet de Donald Trump, et Scott Bessent, ministre des Finances, selon plusieurs médias américains. La Maison Blanche a évoqué des "opportunités de collaboration" et des "approches communes pour répondre aux défis du déploiement de cette technologie", reconnaissant l'importance de cet outil pour protéger les réseaux gouvernementaux contre les cyberattaques.
Face à la dangerosité reconnue de Mythos, Anthropic a repoussé sa commercialisation, choisissant de ne le partager qu'avec une poignée de géants technologiques américains tels que Nvidia, Amazon, J.P. Morgan Chase ou Apple, ainsi qu'avec des organisations pour sécuriser leurs infrastructures critiques. L'entreprise justifie cette démarche par la nécessité de combler les milliers de failles identifiées avant un lancement plus large. Toutefois, cette "transparence" est également perçue par certains comme une stratégie de communication, voire de surjeu des risques, à l'heure où Anthropic, désormais valorisée à plus de 30 milliards de dollars de chiffre d'affaires annualisé, est pressentie pour une entrée en Bourse.
Ce déploiement limité et les capacités de Mythos suscitent des inquiétudes croissantes au sein du système bancaire américain, du gouvernement britannique et de l'Union européenne, qui a sollicité Anthropic pour davantage d'informations. Ironiquement, malgré sa forte croissance en Europe, aucune entreprise européenne ne fait partie du consortium initial de testeurs de Mythos. Cette situation met en lumière la complexité de réguler et de gérer une technologie dont les implications, tant offensives que défensives, redéfinissent les frontières de la cybersécurité mondiale.