
Les tirs massifs de roquettes et de drones depuis le sud du Liban ont fait basculer le cesse‑feu fragile de 15 mois, rappelant à la communauté internationale que le conflit israélo‑libanais n’est pas encore résolu.
Le 2 mars 2024, le groupe chiite libanais Hezbollah a mis fin à la trêve unilatérale en réponse à l’assassinat de Ali Jameneí, chef suprême iranien, et aux violations israéliennes du cesse‑feu. Depuis, la milice tire quotidiennement environ 100 roquettes et drones sur le nord d’Israël, faisant 10 soldats israéliens morts, tandis qu’Israël affirme avoir éliminé plus de 1 340 personnes au Liban, dont plus de 900 membres du Hezbollah. Le 9 octobre 2023, Israël avait déjà annoncé son intention de « changer le visage du Moyen‑Orient » en démantelant le « axe de la résistance » dirigé par l’Iran.
Le gouvernement libanais, qui a annoncé en 2025 son projet de désarmement du Hezbollah, estime que plus d’un million de personnes – soit 20 % de la population totale – sont aujourd’hui déplacées. Les Nations Unies n’ont reçu que 26 millions d’euros d’aide, loin des 606 millions alloués en 2024. Les camps d’accueil à Sidon sont surpeuplés, sans accès adéquat à l’eau ou aux sanitaires, provoquant une crise de santé publique et un fort stress psychologique chez les réfugiés, selon la psychologue d’MSF Abeer Shaheen.
« Quand cinq ou six familles partagent une même pièce, les disputes éclatent », souligne Shaheen, illustrant la détresse quotidienne des déplacés.
Deux experts offrent des lectures divergentes : le historien Fabián Harari estime qu’Israël poursuit une logique de « dépeuplement et occupation », rappelant les stratégies appliquées à Gaza et en Cisjordanie. En revanche, le géopolitologue Mookie Tenenbaum affirme que l’objectif israélien est de neutraliser la capacité opérationnelle du Hezbollah, notamment le long du fleuve Litani, sans viser une occupation prolongée.
Le tableau reste donc incertain : d’un côté, une offensive qui transforme le sud du Liban en zone de combat permanente, de l’autre, des déclarations qui masquent les réelles ambitions territoriales. Le prochain mouvement des deux parties déterminera si le Liban sombrera davantage dans la guerre ou parviendra à un nouvel accord de paix.