
La France a enregistré un triste record. Le pays a atteint 68 564 défaillances d'entreprises sur les douze mois achevés en décembre 2025, un volume qui marque une progression de 3,5 % sur un an par rapport à 2024. Cette annonce faite vendredi par la Banque de France confirme un nouveau pic historique, signalant des tensions persistantes sur la trésorerie et la solvabilité des acteurs économiques.
Malgré ce niveau alarmant, la dynamique de dégradation montre des signes de ralentissement. Le nombre de défaillances est resté quasiment stable entre fin novembre (68 414) et fin décembre. Plus significativement, la Banque de France observe que le rythme de progression annuelle des défaillances poursuit un « mouvement de décélération », passant d'une hausse de 4,6 % fin novembre à 3,5 % en décembre. Cette décélération, après une forte augmentation de 16,8 % entre 2023 et 2024 (en partie due au rattrapage post-Covid), suggère que le pic de croissance des dépôts de bilan pourrait être derrière nous.
L'analyse détaillée révèle des disparités marquées. Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les grandes entreprises ont vu leurs défaillances augmenter, passant de 58 en novembre à 63 en décembre. Sur l'année, la hausse du nombre de défaillances a été plus prononcée parmi les très petites entreprises (+11,4 %) et les moyennes entreprises (+12,4 %), tandis qu'elle était plus contenue pour les microentreprises (+3 %) et les ETI/grandes entreprises (+5 %).
Certains secteurs sont particulièrement sous pression. L'agriculture et la pêche (+13,2 %), l'enseignement, la santé et l'action sociale (+12,6 %), l'hébergement-restauration (+9,1 %) ainsi que les transports (+6,9 %) ont été les plus touchés. À l'inverse, les activités financières et d'assurance (-3,8 %), la construction (-3,1 %) et les activités immobilières (-0,9 %) ont enregistré une réduction de leurs défaillances.
Thierry Millon, directeur des études du cabinet Altares, souligne : « L'économie française a évolué en 2025 dans un cadre paradoxal mêlant inflation maîtrisée et croissance atone, avec des finances publiques sous tension dans un contexte géopolitique compliqué. Ce cocktail a créé un climat d'incertitude fort pour les entreprises et notamment les PME. »
Ce tableau sombre est cependant nuancé par un dynamisme entrepreneurial notable. La Banque de France rappelle que la population totale d'entreprises en France continue de s'accroître. Selon l'Insee, plus de 1,16 million de nouvelles entreprises ont été créées à fin décembre 2025 sur douze mois glissants, soit une hausse de 4,9 % par rapport à 2024. Cette croissance est principalement portée par les créations de sociétés (+5,9 %) et les immatriculations de micro-entrepreneurs (+5,9 %), ces derniers représentant 65 % du total des créations l'an passé.
Cette dualité entre un nombre record de défaillances et un boom des créations dessine le portrait d'une économie en mutation profonde, où les défis pour les acteurs établis coexistent avec une vitalité entrepreneuriale prometteuse.