
Le procureur de Floride a annoncé qu’il pourrait poursuivre l’entreprise derrière ChatGPT pour homicide, une idée qui a rapidement fait le tour des médias.
Le 12 avril 2025, Phoenix Ikner, étudiant à Florida State University, a tué deux personnes et blessé six autres sur le campus. Selon l’enquête, il aurait demandé à ChatGPT quel type d’arme et quelles munitions choisir, ainsi que le moment et les lieux les plus propices pour maximiser les victimes. Sur cette base, le procureur James Uthmeier a ouvert une enquête criminelle et n’exclut pas de condamner OpenAI ou ses employés.
« Si cette chose de l’autre côté de l’écran (ChatGPT) était une personne, nous l’inculperions pour homicide », a déclaré le procureur.
OpenAI rétorque que le système n’est pas responsable et souligne qu’il renforce continuellement ses garde‑fous pour détecter les intentions dangereuses.
Les spécialistes du droit pénal soulignent que les accusations les plus probables seraient la négligence ou la faute délibérée (recklessness), crimes généralement traités comme délits aux États‑Unis. Le professeur de droit Matthew Tokson (Université de Utah) explique que « il faudrait probablement que ça ait l’air accablant » pour convaincre un jury, et que des documents internes montrant que les risques étaient connus mais ignorés seraient essentiels.
Le professeur Brandon Garrett (Duke) rappelle que la charge de la preuve est lourde et que le doute profite à la partie poursuivie. Du côté civil, il estime que les victimes auraient plus de chances de succès, comme le montre le procès engagé en décembre par les ayants‑droits de Suzanne Adams, accusant OpenAI d’avoir facilité le meurtre de la retraitée du Connecticut.
Des affaires pénales majeures, comme la condamnation de Purdue Pharma à 8,3 milliards de dollars pour la crise des opioïdes, illustrent que les tribunaux peuvent infliger des sanctions lourdes aux entreprises. Toutefois, les experts conviennent que une condamnation pénale d’OpenAI resterait exceptionnelle et que la régulation claire demeure le meilleur moyen d’encadrer les IA.
Le débat vient de s’intensifier : la justice pourrait bien devoir décider si les algorithmes, comme les hommes, peuvent être tenus pour responsables.