
Le scandale autour du lait infantile contaminé par la toxine bactérienne céréulide est passé d’une alerte de santé publique à un affrontement judiciaire, suscitant l’indignation des parents, des organisations de consommateurs et des régulateurs à travers l’Europe.
Selon Le Monde, les tests internes de Nestlé ont détecté pour la première fois des traces de céréulide dans des produits de son usine néerlandaise à la fin de novembre 2025. L’entreprise n’a commencé à rappeler les lots concernés que le 11 décembre, après une « analyse de risque sanitaire » de dix jours. La toxine, capable de provoquer vomissements et diarrhées, a été trouvée dans plusieurs marques destinées aux nourrissons de moins de six mois, dont Guigoz et Nidal de Nestlé, Blédilait et Gallia de Danone, Picot de Lactalis, ainsi que des gammes plus petites comme Babybio Optima.
Depuis décembre, les fabricants ont retiré les laits suspects dans plus de 60 pays, un effort coordonné qui souligne la portée mondiale de la chaîne d’approvisionnement. Les enquêtes se sont concentrées sur une huile riche en acide arachidonique produite par le fournisseur chinois Cabio Biotech, suspectée de favoriser les bactéries productrices de céréulide, bien qu’aucun lien de causalité avec des maladies infantiles n’ait été formellement prouvé.
Foodwatch, une ONG européenne de défense des droits des consommateurs, et huit familles—représentant neuf bébés—ont déposé une plainte pénale à Paris, accusant les entreprises de retards dans les rappels, de désinformation et de mise en danger des nourrissons. La plainte cite plusieurs infractions, dont « mettre en danger l’intégrité physique des nourrissons » et « tromperie aggravée ».
« Certains parents croyaient vraiment que leur enfant allait mourir », a déclaré Ingrid Kragl, directrice de la communication chez Foodwatch.
« Nous voulons briser ce cycle d’opacité et d’impunité et compter sur les tribunaux pour faire leur travail », a affirmé Karine Jacquemard, directrice générale de Foodwatch.
L’avocat des familles, Me François Lafforgue, a ajouté :
« Les fabricants ne pouvaient pas ignorer leurs obligations de sécurité sanitaire. Nous exigeons les mesures les plus strictes possibles. »
Deux enquêtes pénales distinctes ont déjà été ouvertes à Angers et à Bordeaux après le décès de deux nourrissons qui avaient consommé le lait Nestlé rappelé, bien que les autorités n’aient pas encore établi de lien de causalité direct. Le gouvernement français a défendu sa réponse, affirmant que les procédures étaient « très bien respectées » et que tous les lots concernés ont été retirés. Néanmoins, un tribunal administratif a récemment rejeté une autre requête alléguant une « négligence grave de l’État » dans la gestion de la crise.
À mesure que l’affaire progresse, les projecteurs restent braqués sur la rapidité avec laquelle les producteurs alimentaires multinationaux agiront lorsque la santé des nourrissons est en jeu. Le résultat pourrait redéfinir les protocoles de sécurité des chaînes d’approvisionnement des aliments pour bébés à l’échelle mondiale.