
Ce lundi13 avril, la foule des avocats en robe noire a envahi les rues de Paris, à quelques pas du Sénat, pour protester contre le projet de loi de Gérald Darmanin sur la justice criminelle. Sous le slogan « justice morte », plusieurs milliers de professionnels du droit, venus de Paris, Bourges, Cambrai, Lille ou Montpellier, ont manifesté leur opposition à l’instauration d’un « plaider‑coupable » pénal.
Les avocats craignent que cette procédure, qui bypassera le procès complet, porte atteinte aux droits des victimes. « Le plaider‑coupable en matière criminelle ne prévoit aucune audience pour les victimes, les victimes n'ont pas le droit à la parole dans le plaider‑coupable », avertit Me Christophe Bayle, président de la Conférence des bâtonniers. Ils dénoncent également la pression sur l’accusé à reconnaître des faits qu’il n’aurait pas commis, le risque d’erreurs judiciaires, et estiment que la réforme toucherait 10 à 15 % des dossiers criminels, hors terrorisme ou crimes contre l’humanité. « On manifeste contre le projet de loi dit « SURE », la loi Darmanin et le plaider‑coupable criminel depuis ça ne respecte ni le droit des victimes, ni la négociation de la peine », précise Me Sandrine Barré, bâtonnière de Bourges.
Le gouvernement mise sur un gain de rapidité : un sondage Ifop indique que 73 % des Français jugent préférable une condamnation plus rapide après reconnaissance des faits. Pourtant, le texte divise le Parlement ; le Sénat, dominé par la droite, devrait l’adopter sans difficulté, mais les débats à l’Assemblée s’annonce plus ardus. « Il faudrait une vraie audience, un peu plus charpentée, où il pourrait y avoir quelques témoins, quelques experts… », tempère le bâtonnier parisien Louis Degos.
La préfecture compte 1 000 manifestants, alors que les syndicats revendiquent 2 000 participants.
En fin de mobilisation, les avocats laissent entendre qu’ils ne baisseront pas les armes tant que le texte ne sera pas retravaillé, laissant presser la question : la justice française saura‑t‑elle concilier rapidité et protection des victimes ?