
L'invention de la baquelite, au début du XXe siècle, a durablement transformé le quotidien mondial en introduisant ce que l'industrie a qualifié de « règne du plastique ». Ce matériau synthétique, découvert en 1907 et breveté en 1909, est le fruit des travaux de Leo Baekeland, un chimiste d'origine belge installé aux États-Unis.
Fils d'un cordonnier belge, Baekeland a surmonté ses origines modestes grâce à l'éducation, obtenant un doctorat en chimie à l'Université de Gante à l'âge de 21 ans. Après son installation à New York en 1889, il a bâti une première fortune grâce à Velox, un papier photographique innovant permettant le développement d'images à la lumière artificielle. En 1899, la vente des droits de ce produit pour un million de dollars lui a permis de financer ses recherches dans un laboratoire privé installé dans sa propriété de Yonkers.
C'est là qu'il a mis au point la baquelite, un plastique thermodurcissable obtenu par la réaction chimique du phénol et du formaldéhyde sous l'effet de la chaleur et de la pression. Dans son journal intime, le 11 juillet 1907, il notait avec prescience : « À moins que je ne me trompe lourdement, cette invention s'avérera importante à l'avenir ».
Le succès fut rapide : en 1910, la société Bakelite a inauguré une usine dans le New Jersey. La gestion de la filiale britannique fut confiée à l'Écossais James Swinburne. À ce sujet, une précision historique mérite d'être soulignée :
Bien que Leo Baekeland soit reconnu comme l'inventeur de la baquelite, James Swinburne avait développé une formule identique, ne déposant toutefois son brevet qu'un jour après le chimiste belge.
En 1924, année où il a présidé la Société américaine de chimie et fait la couverture du magazine Time, Baekeland était devenu une figure incontournable de l'industrie. Si cette invention a révolutionné la production d'objets courants — des téléphones aux radios en passant par les ustensiles — elle a également inauguré une ère marquée par une pollution environnementale persistante, dont les effets se font sentir jusqu'à nos jours, notamment dans les océans. Leo Baekeland s'est éteint à l'âge de 80 ans, laissant derrière lui un héritage industriel mondial dont les fondements ont durablement modifié le rapport de l'humanité à la matière.