Le Pentagone a conclu, ce vendredi, un ensemble d’accords qui ouvrent les réseaux informatiques les plus classifiés des États‑Unis à l’intelligence artificielle de sept géants technologiques, marquant une nouvelle étape dans la militarisation de la technologie de pointe.
Les contrats engagent SpaceX, OpenAI, Google, Nvidia, Reflection, Microsoft et Amazon Web Services.
En contrepartie, chaque société pourra déployer ses modèles d’IA sur les environnements « Impact Level 6 » et « IL‑7 », les niveaux les plus sensibles du gouvernement, destinés à l’analyse de renseignements secrets et à la gestion de données de sécurité nationale.
Le seul acteur notable absent de la liste est Anthropic, dont le modèle Claude était jusqu’à récemment le seul à être autorisé dans ces réseaux.
« Nous voulons voir l’IA au service de l’humanité, pas utilisée de façon inhumaine ou dangereuse », ont déclaré les ~600 employés de Google dans une lettre ouverte au PDG Sundar Pichai, appelant à refuser tout travail militaire classifié.
Les accords précisent que l’usage doit être « opérationnellement légal », incluant le soutien à la prise de décision sur le champ de bataille, la synthèse de données et la conscience situationnelle. Une clause interdit explicitement l’utilisation de l’IA pour la surveillance de masse intérieure ou les armes autonomes sans supervision humaine, bien que le Pentagone ne donne aucun droit de veto aux entreprises quant à l’application finale.
Le Pentagone cite déjà plus de 1,3 million de personnels qui utilisent la plateforme interne GenAI.mil, générant des dizaines de millions de requêtes et plusieurs centaines de milliers d’agents d’IA en moins de six mois.
Les négociations avec Anthropic ont échoué après que le ministère a qualifié l’entreprise de « risque de chaîne d’approvisionnement », un statut habituellement réservé aux acteurs étrangers. Anthropic a intenté une action en justice ; un juge fédéral a bloqué la désignation, mais la contestation reste en cours.
En diversifiant son « stack » IA, le Pentagone cherche à éviter la dépendance à un seul fournisseur et à garantir un avantage stratégique face à la Chine. Les entreprises signataires se positionnent ainsi comme piliers de la prochaine génération d’outils militaires, tandis que les débats publics sur l’éthique et le contrôle humain restent vifs.
Le prochain défi sera de concilier rapidité d’adoption avec la garantie que l’IA reste sous la supervision humaine, afin d’éviter les dérives que redoutent tant les techniciens que la société civile.