
Le Japon a brisé mardi une politique d’autolimitation qui durait plus de cinq décennies, ouvrant la porte à l’exportation d’armes létales et redessinant le paysage sécuritaire de l’archipel.
Depuis une interdiction générale instaurée en 1976 – précédée d’une restriction conditionnelle en 1967 et d’une interdiction totale une décennie plus tard – Tokyo ne pouvait vendre que des matériels « non létaux » depuis 2014 (sauvetage, transport, surveillance, déminage). Le gouvernement, avec le Conseil de sécurité nationale, a maintenant révisé les règles, comme l’a expliqué le porte‑parole Minoru Kihara :
« Grâce à cette révision partielle, il est possible, en principe, d’autoriser le transfert d’équipements de défense, y compris tous les produits finis. »
Le Premier ministre Sanae Takaichi, en fonction depuis octobre 2025 et connue pour ses positions nationalistes, a présenté la mesure comme un moyen de renforcer la défense nationale tout en dynamisant l’industrie de l’armement.
La décision suscite à la fois enthousiasme et inquiétude. La Chine a déclaré être « très inquiète » et a promis de résister à une « militarisation inconsidérée » du Japon. L’expert en défense Heigo Sato a souligné la nécessité d’un « système assurant la fluidité des échanges d’armes » entre alliés.
Du côté du public, un sondage NHK réalisé en mars montre que 53 % des Japonais s’opposent à la libéralisation, contre 32 % qui l’approuvent. L’activiste pacifiste Koji Sugihara qualifie ce tournant d’« historique », rappelant que le pays, unique victime d’une bombe atomique, a longtemps misé sur le pacifisme.
Par ailleurs, cinq conglomérats – Mitsubishi Heavy Industries, Kawasaki Heavy Industries, Fujitsu, Mitsubishi Electric et NEC – figurent déjà parmi les 100 plus grands fournisseurs mondiaux d’armement (SIPRI). Le même institut indique que les flux mondiaux d’armes ont crû de près de 10 % sur les cinq dernières années, l’Europe ayant triplé ses importations.
Le Japon entre ainsi sur la scène internationale de l’armement, mais il devra concilier ses ambitions sécuritaires avec une identité pacifiste profondément ancrée. Le vrai défi : maintenir la confiance intérieure tout en répondant aux pressions géopolitiques croissantes.