
Le mardi 27 mai, Me Moussa Diop, avocat inscrit au barreau de Paris, a été libéré du commissariat central de Dakar après plusieurs heures de garde, la procédure d’interrogatoire ayant été jugée irrégulière par ses confrères.
Me Diop avait été entendu le 2 mars à la télévision TFM, où il a critiqué le dirigeant du Pastef, Ousmane Sonko, en l’accusant de « reniement » sur la question de la criminalisation de l’homosexualité. Selon l’avocat, ces propos ont poussé le procureur à le convoquer à la Sûreté urbaine le 27 mai, entre midi et 20 h. Il a déclaré s’être présenté « par respect pour la justice » tout en dénonçant une procédure qu’il qualifie de « manifestement nulle ».
« La procédure est manifestement nulle », a affirmé Me Moussa Diop après son audition.
Un collectif d’avocats — Me Ousseynou Babou, Me El Hadj Diouf, Me Seyni Dione et Me Sayba Danfakha — a immédiatement contesté la légalité de la convocation. Ils rappellent que, selon l’article 46 du statut de l’avocat, aucune autorité policière ne peut interroger directement un avocat ; seul un magistrat désigné par le procureur général est habilité à le faire.
« Aucun avocat ne peut être convoqué directement par la police. Seul un magistrat désigné par le procureur général peut entendre un avocat dans le cadre d’une enquête préliminaire », a expliqué Me El Hadj Diouf, en s’appuyant sur la convention judiciaire entre le Sénégal et la France qui étend le privilège de juridiction aux avocats inscrits à l’étranger.
Les avocats ont saisi le bâtonnier de l’Ordre des avocats du Sénégal, qui aurait écrit au commissaire chargé de l’enquête pour rappeler que Me Diop bénéficie des mêmes protections que les confrères du barreau de Dakar. Face à cette pression, la police a suspendu l’interrogatoire et a remis l’avocat à la liberté sans décision officielle.
Cette affaire relance le débat sur le respect du privilège de juridiction au Sénégal et sur les limites de l’action des forces de l’ordre lorsqu’elles s’en prennent à des professionnels du droit. La suite de l’enquête demeure incertaine, mais le cas de Me Diop pose un précédent important pour la défense des droits des avocats.