
Les quatre candidats officiels à la succession d’Antonio Guterres seront auditionnés à New York mardi et mercredi, chaque entretien durant trois heures, sous les yeux des 193 États membres et de représentants de la société civile. Ce « grand oral », instauré en 2016, constitue la première étape d’un processus qui aboutira à l’élection du nouveau secrétaire général le 1 janvier 2027.
Michelle Bachelet (74 ans) – ancienne présidente du Chili (2006‑2010, 2014‑2018) et Haut‑Commissaire aux droits de l’homme (2016‑2022). Soutenue par le Brésil et le Mexique, elle a perdu le soutien du Chili après l’élection du président d’extrême droite José Antonio Kast. Son expérience de dirigeante et son engagement sur les droits humains sont mis en avant, malgré les critiques chinoises concernant son rapport sur les Ouïghours.
Rafael Grossi (65 ans) – directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) depuis 2019. Il a géré les dossiers nucléaires iranien et la centrale de Zaporijjia en Ukraine, deux questions sensibles pour les membres permanents du Conseil de sécurité. Sa candidature s’articule autour d’un « retour aux bases fondatrices de l’ONU » pour « sauver l’humanité du fléau de la guerre ».
Rebeca Grynspan – ancienne vice‑présidente du Costa Rica et à la tête de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Elle a négocié l’« Initiative de la mer Noire » en 2022 pour faciliter les exportations de céréales ukrainiennes. Son histoire familiale, marquée par la survie de ses parents juifs de l’Holocauste, alimente son attachement à la Charte de l’ONU.
Macky Sall (64 ans) – ex‑président du Sénégal (2012‑2024). Soutenu par le Burundi, il met l’accent sur le lien indissociable entre paix et développement. Sa candidature est contestée par le Sénégal et par 20 des 55 pays membres de l’Union africaine, qui le reprochent d’avoir réprimé violemment des manifestations entre 2021 et 2024.
« Le candidat retenu devra être en phase avec les valeurs et les intérêts américains », a averti Mike Waltz, ambassadeur des États‑Unis.
Le véritable pouvoir de décision repose sur les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États‑Unis, Chine, Russie, Royaume‑Uni et France), qui détiennent le droit de veto. La pression pour élire une femme – première fois possible – se heurte aux intérêts des grandes puissances et à la tradition de rotation géographique, qui favoriserait normalement l’Amérique latine cette fois‑ci.
Alors que l’ONU fait face à des défis financiers et à une perte de légitimité perçue, le choix du successeur de Guterres déterminera la capacité de l’institution à restaurer la confiance et à jouer un rôle décisif dans un monde en pleine tourmente.
Le verdict ne viendra qu’à la fin du mois de juillet, lorsque le Conseil de sécurité présentera son choix à l’Assemblée générale.
Le monde attend de voir qui guidera l’ONU vers une « nouvelle ère ».