
Un juge argentin a frappé un coup d'arrêt significatif au programme ultralibéral du président Javier Milei en suspendant partiellement, le lundi 30 mars, une réforme du travail majeure adoptée par le Parlement en février. Cette décision fait suite à un recours déposé par la Confédération générale du travail (CGT), la principale centrale syndicale du pays, qui estime que la loi est inconstitutionnelle.
Le magistrat, Raúl Ojeda, a ordonné la suspension provisoire d'environ 80 articles sur les plus de 200 que contient la réforme, dans l'attente d'une décision sur le fond. Parmi les dispositions les plus controversées et désormais gelées figurent la requalification des travailleurs des plateformes comme indépendants, la suppression du principe selon lequel le doute doit profiter au salarié, des modifications substantielles du droit de grève, et l'abrogation de la loi sur le télétravail.
La décision du juge s'est également portée sur la création d'un fonds visant à remplacer les indemnités de licenciement par des comptes de capitalisation financés par des cotisations sociales. Le magistrat a exprimé des inquiétudes, estimant que ce mécanisme pourrait encourager des licenciements injustifiés et exposer ces fonds à d'éventuels « mauvais investissements » au détriment de la sécurité sociale. De plus, l'extension des catégories de « services essentiels » et d'« activités d'importance fondamentale », imposant un service minimum de 50 % à 75 % en cas de grève, a été suspendue, la CGT y voyant une tentative de « priver les salariés de moyens d'action collective ».
La CGT a salué cette décision comme une « étape fondamentale dans la défense des droits » des travailleurs, considérant que la réforme entraînait « une dégradation des conditions de travail et un affaiblissement de l'action syndicale ». De son côté, le gouvernement de Javier Milei a immédiatement annoncé qu'il ferait appel du jugement. Dans un communiqué publié sur X par le ministère du Travail, l'exécutif a dénoncé ceux qui « prétendent faire obstacle aux réformes nécessaires pour surmonter le chômage et la stagnation », affirmant que la loi est un « outil fondamental pour la création d'emplois déclarés, l'amélioration de la compétitivité et le renforcement de la sécurité juridique des travailleurs et des employeurs ».
Le juge Ojeda a néanmoins souligné l'importance pour les deux parties, l'État et la CGT, de s'efforcer de parvenir à une décision définitive « dans les plus brefs délais et dans le respect de la paix sociale ». Cette suspension représente un revers politique majeur pour Javier Milei et son programme de dérégulation, laissant présager une longue bataille juridique et sociale pour l'avenir du droit du travail en Argentine.